Des mois. Oui des mois de travail acharné à lire et relire tout une flopée de bouquins sur la séduction pour un bien maigre résultat, une déception.

Tout a commencé sur le site myspace, il y a quelques mois donc. Navigant de profil en profil j’ai fini par croiser le sien. Tout de suite son univers m’a attiré. J’ai envoyé un message et quelques jours plus tard nous discutions par messagerie interposée via msn.
Je me souviens de ce jour où elle avait affiché dans son avatar un portrait d’elle, tenant un revolver à bout de bras. Une photo à la fois sexy et mystérieuse. Sexy pour le 357 magnum qu’elle avait empoigné comme une femme fatale et mystérieuse car elle dissimulait son visage. J’ai tout de suite accroché !
Au fil des mois j’ai compris que c’était une damoiselle spéciale, avec un fort caractère, parfois puéril. Une répartie dans la conversation, assez déstabilisante, d’où l’usage et surdosage de ces livres censés vous enseigner l’art de la séduction. Tout ceci n’est que foutaise, rassurez-vous, mais traduit assez bien le flou auquel j’étais confronté lors de ses « caprices » : un jour j’étais hyper marrant, l’autre pas du tout. Si bien que j’ai fini par rester courtois, ayant atteint un certain degré de lassitude. Degré renforcé le jour elle m’a dit qu’elle avait un nouveau mec.
En bon vent enjôleur que je suis, je n’ai pas insisté. Je l’ai simplement relancée, à intervalle régulier, comme le ferait un simple ami.
Puis un mois avant cette rencontre elle m’annonce qu’elle vient de rompre avec son copain (ou peut-être a-t-il fui ?) mais elle part vivre, dans la foulée, en terre alsacienne. Ni une, ni deux je lui ai dit que lorsqu’elle reviendrait dans le sud on se verrait enfin.

j’sais pas si ça t’intéresse, mais pour info jsuis dans le sud en c’moment

Voilà le déclenchement de cette rencontre. En revanche le lieu de notre « escapade » avait été défini bien avant. En effet ma damoiselle étant une grande fan d’autruche, nous avions convenu de partir à la découverte d’un élevage dans la région, lors de notre première entrevue.

Je suis passé la prendre avec près de trente minutes de retard. Le vent est parfois capricieux, je sais. Mais elle ne m’en a pas tenu rigueur. Peut-être parce que je me suis un peu égaré sur les routes de l’arrière pays. (égaré est un bien grand mot). La réalité est qu’elle habite un endroit isolé, en pleine campagne.
Nous avons roulé une bonne heure avant de trouver cet élevage d’autruche, perdu au milieu de nulle part, à la croisée de rails de chemins de fer. Je me souviens avoir passé pas moins de trois passages à niveau avant de voir un minuscule panneau indiquant notre destination.
Peu de monde ce jour là, malgré les vacances scolaires. Le propriétaire nous a aimablement accueilli en reconnaissant que la signalétique conduisant à son élevage était insuffisante, pour ne pas dire quasi nulle. Pendant qu’il nous expliquait le parcours de sa « ferme » (oui il se trouve qu’il n’a pas que des autruches) ma damoiselle était déjà impatiente.
Nous avons commencé par voir des animaux familiers : un cheval, des lapins, puis nous avons glissé vers des oies, pigeons, canards, poules en passant par les cochons. Bien entendu devant chaque enclos, une petite pancarte indiquait au visiteur inculte, le type de race et les origines des animaux. En revanche ce que le propriétaire a omis de nous dire c’est que le port du masque était obligatoire. Non pas que le spectre de la grippe aviaire plane au dessus de l’élevage, mais une odeur affreusement forte et piquante, s’immisçait dans nos narines. La faute aux cochons et à la volaille !
Nous avons rapidement traversé cette poche odorante pour découvrir les premières autruches de l’élevage. Un animal assez surprenant, aux formes bizarres, à mi-chemin entre une poule, une girafe et un tyrannosaure ! Un bipède haut sur pattes avec un cou horriblement long, qui fait froid dans le dos. Et dire que l’autruche peut atteindre une vitesse de 70 km/h. Résultat la nuit qui a suivi j’étais pourchassé par des autruches ! Je plaisante.
Nous avons poursuivi la balade en rencontrant des moutons, des chèvres, des dindons, un paon et avons regagné le fond de l’élevage où déambulent des dizaines d’autruches ! Notre découverte aurait pu s’arrêter là si nous n’avions pas assisté à une danse assez spectaculaire de la part d’une autruche. J’ai cru pendant un moment qu’elle avait un grain de folie passager et qu’un visiteur mal intentionné lui avait fait une démonstration de tecktonik. Mais lorsque nous avons regagné la sortie, intrigué par ce spectacle insolite, j’ai demandé des explications au propriétaire. Il m’a dit qu’il s’agissait d’une parade nuptiale ou amoureuse et que ma damoiselle ou moi, avions une touche avec l’autruche mâle !
J’étais à deux doigts de proposer à ma damoiselle de la laisser sur place pour repartir rapidement chez moi…

Hélas nous sommes repartis tous les deux. A bord de la voiture je n’avais qu’une hâte ; la raccompagner chez elle rapidement pour mettre fin à cette rencontre futile. Le clou de cette journée fut cette phrase subite :

- j’ai envie de fraise.
J’ai répondu en un éclair :
- mais c’est la première fois qu’on se voit !
Elle n’a pas compris le sens de ma plaisanterie…

Par malchance nous avons croisé sur le chemin du retour un primeur. On s’est arrêté et elle a fait provision de fraise pour la soirée.
On s’est quitté de façon amicale, et pour ma part définitivement. Cette journée aura été une épreuve car dès que je l’ai vue, j’ai été déçu par son physique ! Ainsi, durant notre rencontre, j’ai eu l’esprit ailleurs.