Sensualité et caractère. Escapade dans la capitale. Deux jeux de mots pour définir tour à tour cette damoiselle que j’ai rencontré le temps d’un week-end.

Elle, j’ai fait sa connaissance un peu par hasard, à la fin d’un matche de la coupe du monde de rugby, en septembre dernier à Marseille. Elle faisait partie de ces spectatrices qu’on appelle plus communément des inconditionnelles et qui suivent par tout temps et dès que l’occasion se présente, leur équipe nationale ! La sienne ? et bien ce n’était pas le quinze tricolore.
Comprenez, elle est étrangère ! Force est de constater que mes heures de bénévolat ont été justement récompensées puisque c’est le deuxième contact qui aboutit.

Je suis donc partie en milieu de matinée abandonnant mon sud natal et sa luminosité flamboyante pour la grisaille et la froideur parisienne. Je suis monté à bord de cette fusée peinte par couches successives de bleu, blanc et gris, à la manière d’un mille-feuille. On s’est élancé vers le nord en laissant derrière nous la Bonne Mère auréolée d’un bleu azur.
Nous avons avalé les kilomètres à une vitesse éclair, entraînant dans notre sillage la grisaille qui minait les alentours de la région lyonnaise. Durant les trois heures de trajet, j’ai été pris en otage par un parfum enivrant. Celui d’une damoiselle assise à mes côtés et au physique bien agréable, sans doute jeune trentenaire. Elle a partagé son temps entre lecture, analyse détaillée du paysage et sieste improvisée. Pendant qu’elle s’est assoupie, j’ai laissé mon regard vagabonder en la caressant en tout sens. J’ai dévoré toutes les parties de son corps qui s’offraient à moi. Puis quelques minutes avant l’arrivée, la réalité a stoppé sans ménagements mes fantasmes les plus osés. Son ami est venu la rejoindre pour lui proposer de boire un café avant que le train entre en gare, mais son estomac vide a gentiment refusé.

J’ai posé pied à terre, du moins sur le quai, avec une envie absolue de faire de ce voyage une réussite. J’ai remonté les rames une à une, d’un pas lent et prudent, pour ne pas dire sur la pointe des pieds, par peur d’être écrasé, absorbé par le poids de l’Histoire. Ô Paris, ville de richesses et de pouvoirs.

Elle m’a donné rendez-vous à 18 heures à la station de métro de Saint-Germain des Près. Pour occuper mon après-midi, je suis parti à la découverte du monument des monuments : la tour Eiffel !
Ni une, ni deux, à peine arrivé j’ai plongé dans le méli-mélo des lignes du métro. Direction l’esplanade du Trocadéro. Lorsqu’on regarde sur un petit fascicule le plan détaillé de toutes les lignes du métro, on sourit subrepticement en se disant que celui de Marseille est de loin riquiqui, certes ! (2 lignes seulement !) mais on remercie l’arc-en-ciel pour sa palette de couleur suffisamment étoffée pour représenter chaque ligne d’une couleur distincte !
En remontant à la surface j’ai débarqué sur une grande esplanade où les touristes étaient agglutinés. Impossible de l’apercevoir sans faire quelques mètres. Et là, en levant les yeux au ciel. Grandiose ! Elle faisait face, déformant la ligne d’horizon d’un grand i majuscule. J’ai descendu les escaliers jusqu’à la place de Varsovie, en croisant deux groupes de jeunes gens qui s’essayaient à la tecktonik devant des grappes de badauds. J’ai traversé la Seine pour arriver aux pieds de la Tour. Quatre piliers et trois files d’attente, les unes aussi longues que les autres, mise à part une où il semblait y avoir un peu moins de monde. J’ai donc intégré cette file. Puis, un quart d’heure plus tard et quelques pas plus loin, on se demande pourquoi on progresse à allure régulière. On a soudain un sentiment de satisfaction d’avoir choisi le bon pilier jusqu’à que nos yeux croisent au dessus des caisses, en lettres capitales, ESCALIERS. Amusant, je dois reconnaître !
Je suis donc parti à l’assaut de la Tour et ses 671 marches jusqu’au deuxième étage, après renseignement pris auprès du personnel situé à proximité des tourniquets de départ.
Au fur et à mesure qu’on s’élève, la vue sur Paris est imprenable. Mieux vaut ne pas avoir le vertige. Le troisième et dernier étage, auquel on accède obligatoirement par ascenseurs, est époustouflant au regard de la vue qui nous est offerte.
Je suis redescendu sans tarder car finalement la visite de la Tour aura accaparée toute mon après-midi : file d’attente en bas, au deuxième étage, puis au troisième pour redescendre. Je suis reparti en empruntant le même itinéraire que pour venir. Pendant ce temps l’heure tournait et voyant que je ne pourrais pas être au rendez-vous comme convenu, à cause d’un changement de ligne, j’ai appelé ma damoiselle pour lui dire que j’arrivais par un accès plus direct via une station de métro voisine : Mabillon.

Le souvenir de sa silhouette et son visage, que j’avais imprégné à l’encre indélébile dans ma mémoire de vent enjôleur, resurgit en un instant lorsque je la vis. La bouche de métro venait de m’expulser à l’air libre. Elle était là à m’attendre, devant un coin d’immeuble. Elle s’est avancée vers moi en souriant et m’a adressé un bonjour amical accompagné de deux bises. Cinq mois avant de la revoir. Une éternité.
Nous sommes partis à pieds vers le quartier de Saint Germain des Près où nous avons flânés, apercevant sur notre chemin, l’église et d’autres édifices semi-touristiques. Nous avons marché et encore marché, jusqu’au détour d’un carré vert : des bosquets de verdure et plusieurs bancs publics sur lesquels nous avons pris place, quelques minutes, pour qu’elle se délecte d’une cigarette. Le froid régnant en maître, en ce début de soirée, je lui ai proposé une virée dans une brasserie histoire de se réchauffer autour d’un café. Nous sommes restés une bonne demi-heure à bavarder et sommes repartis une fois que nos températures corporelles nous ont fait signe que tout était ok ! Nous avons poursuivi notre balade au travers des rues et ruelles. J’avais une impression de tourner en rond. C’est comme si elle ne savait pas au juste ce qu’elle voulait faire. J’ai donc dit que la balade m’avait ouvert l’appétit. Nous sommes rentrés dans une pizzeria. Elle n’avait pas faim car avant de me rejoindre elle avait mangé. En effet pour améliorer sa vie d’étudiante elle est serveuse dans un restaurant. J’ai donc dîné avec elle mais seul.
Lorsque nous avons regagné l’extérieur, nous avons été saisis par le froid. A dire vrai nous étions tous les deux peu vêtues. C’est à ce moment précis que j’ai eu envie de l’embrasser pendant qu’elle fumait sa cigarette. Je l’ai serré contre moi et pris dans mes bras. J’ai tenté de caresser ses lèvres des miennes, en vain. Nous sommes repartis à travers les rues, sans but précis. Après une poignée de minutes nous avons fait une halte sur un banc au beau milieu d’une place agrémentée d’une fontaine digne des grandes fontaines italiennes. On s’est assis. Elle s’est serrée contre moi et a posé sa tête contre mon épaule tandis que mes bras ont encerclé son corps. On est resté là de longues minutes à observer les balbutiements d’une nouvelle nuit parisienne. Pendant ce temps je jouais avec son visage, je la chatouillais avec mon nez, mes lèvres… et sans coup férir, elle a brusquement tourné sa tête et m’a embrassé avec fougue. Un long baisé délicieux.

J’ai alors demandé :
- Pourquoi maintenant ?
Elle a répondu :
- Parce que tu voulais goûter mes lèvres.

Nous avons recommencé encore et encore jusqu’à ce qu’un sans domicile fixe nous déloge du banc. En se relevant le froid était devenu glacial à cause d’une légère brise. Nous sommes partis en quête d’un nouveau point de chute : un abribus. Nous avons rejoué notre concerto de baisers et la soirée s’est achevée, pressée par l’heure de fermeture des métros. Elle m’a raccompagnée jusqu’à la station la plus proche. On s’est quitté sur un langoureux baiser. Puis pendant le trajet retour vers mon hôtel, j’imaginais déjà demain et la suite de cette rencontre ainsi qu’à la façon de lui dire que je revenais la semaine prochaine pour le tournoi des six nations.